Allocation sociale unique : ce que prépare le gouvernement pour simplifier les aides en 2026
Alors que l’exécutif s’apprête à présenter une réforme d’ampleur des aides sociales, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a levé le voile sur les grandes orientations du futur dispositif. Objectif affiché : simplifier un système jugé trop complexe, tout en garantissant qu’un foyer en activité perçoive davantage qu’un foyer vivant uniquement des aides.
Annoncée pour la fin de l’année, cette réforme pourrait profondément modifier la manière dont des millions de ménages modestes perçoivent et comprennent leurs droits sociaux.
Vers une allocation sociale unifiée et plus lisible
Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, le ministre a confirmé la création prochaine d’une allocation sociale unique. Celle-ci ne correspond pas à une suppression des aides existantes, mais à leur regroupement autour d’un cadre commun.
Le projet prévoit de rassembler plusieurs dispositifs majeurs :
- le RSA (revenu de solidarité active),
- la prime d’activité,
- les aides personnelles au logement.
L’objectif principal est de mettre fin à la superposition de règles, de barèmes et de démarches qui rendent aujourd’hui le système difficilement compréhensible pour les bénéficiaires.
Le « revenu social de référence », nouvelle boussole des aides
Au cœur de la réforme se trouve un nouvel indicateur : le revenu social de référence. Propre à chaque foyer, il doit offrir une vision claire et globale des ressources réelles et des aides perçues.
Attention toutefois : ce revenu social de référence ne remplacera pas le revenu fiscal de référence. Il s’agit d’un outil distinct, pensé pour refléter plus fidèlement la situation économique des ménages et améliorer la transparence des droits sociaux.
Selon le ministère, ce nouvel indicateur n’entraînera pas de baisse automatique des aides existantes, mais servira de base à une meilleure compréhension et à une harmonisation progressive du système.
Une plateforme numérique pour suivre ses droits en temps réel
Autre nouveauté majeure : la mise en place d’une plateforme numérique dédiée. Elle permettra aux citoyens de consulter, en un seul espace, leurs ressources déclarées et les aides perçues.
Cette plateforme s’inscrit dans la continuité du « montant net social », déjà mentionné depuis février 2024 sur les bulletins de salaire et les relevés CAF. L’objectif est clair : réduire les erreurs de déclaration, limiter les non-recours aux droits et simplifier les démarches administratives.
Pour de nombreux foyers, cette transparence pourrait représenter un véritable changement dans la relation avec l’administration.
Une réforme pensée pour encourager le travail
Le message politique est assumé : à situation comparable, un foyer qui travaille doit disposer de revenus supérieurs à un foyer sans activité. Le gouvernement souhaite ainsi renforcer l’incitation à l’emploi, sans remettre en cause la solidarité envers les plus fragiles.
Cette orientation suscite toutefois des interrogations. Plusieurs associations alertent sur le risque de pénaliser certains ménages confrontés à des contraintes lourdes : problèmes de santé, isolement, garde d’enfants ou difficultés d’accès à l’emploi.
Le gouvernement assure vouloir avancer avec prudence et concertation, afin d’éviter tout effet de seuil ou perte de niveau de vie.
Des garanties demandées par les parlementaires
Les premières analyses parlementaires vont dans le même sens : il ne s’agit pas d’une fusion brutale des aides, mais d’une harmonisation progressive des règles et des barèmes.
Des simulations évoquent une baisse potentielle de la pauvreté comprise entre 0,6 et 1,1 point. Mais une ligne rouge a été clairement posée : aucun foyer ne devra voir son niveau de vie diminuer du fait de la réforme, qu’il soit en emploi ou non.
Avant son examen définitif, le texte devra donc faire l’objet d’évaluations approfondies afin de mesurer ses effets réels sur les ménages les plus modestes.
Une réforme ambitieuse, encore sous surveillance
Présentée comme plus juste, plus lisible et plus efficace, l’allocation sociale unique marque une nouvelle étape dans la transformation de l’État social. Reste à savoir si, une fois traduite dans les faits, elle tiendra ses promesses sans fragiliser ceux qu’elle entend protéger.
Les prochains mois, et surtout les débats parlementaires, seront décisifs pour affiner ce dispositif appelé à concerner des millions de foyers dès 2026.
