Ikea ferme des magasins : pourquoi le géant suédois est frappé de plein fouet par la crise immobilière en Chine
Longtemps perçu comme indéboulonnable, Ikea traverse aujourd’hui une zone de turbulences. Si l’enseigne suédoise continue d’afficher une excellente santé en France, elle fait face à des difficultés majeures en Chine, où plusieurs fermetures de magasins sont programmées dès ce mois de février. En cause : une crise immobilière persistante, une baisse de la consommation et des mutations profondes des modes de vie.
Ikea reste solide en France malgré un marché du meuble sous tension
En France, Ikea conserve son statut d’enseigne préférée des consommateurs. En 2024, près de 57,8 millions de visiteurs ont fréquenté ses magasins, selon le classement annuel d’EY-Parthenon. Présent dans l’Hexagone depuis les années 80, avec un premier magasin ouvert en Seine-Saint-Denis, le groupe suédois compte aujourd’hui 36 magasins, six ateliers de conception et de commande et emploie près de 11 875 salariés.
Malgré un marché du meuble en difficulté, Ikea a mieux résisté que la moyenne du secteur. Sur le premier semestre, ses ventes ont reculé de 3,6 %, contre 5 % pour l’ensemble du marché, avec un chiffre d’affaires passant de 3,8 à 3,7 milliards d’euros, selon BFMTV. Une baisse limitée, compensée par une fréquentation record et une stratégie offensive sur les prix.
L’enseigne a notamment investi 200 millions d’euros pour réduire le tarif de 2 000 références, dont la célèbre étagère Billy, tout en poursuivant son ambition d’ouvrir 20 nouveaux magasins d’ici 2030 en France.
Le virage numérique et la restauration soutiennent la croissance
Autre levier de résistance : la transformation digitale. En un an, les ventes en ligne d’Ikea ont progressé de 10 %, représentant désormais 27 % du chiffre d’affaires national. Ce canal permet de compenser la baisse du panier moyen en magasin et de s’adapter aux nouvelles habitudes d’achat.
La restauration joue également un rôle clé. Entre hot-dogs à prix cassés et plats suédois emblématiques, les ventes de la branche food ont augmenté de 5 %, renforçant l’attractivité des magasins physiques.
En Chine, la crise immobilière fait vaciller Ikea
La situation est bien différente en Chine. Le ralentissement économique et l’effondrement du marché immobilier frappent de plein fouet la grande distribution, et Ikea n’y échappe pas. Sept magasins sur 41 doivent fermer leurs portes à partir du 2 février, conséquence directe de la chute des ventes de logements.
À Tianjin, un magasin ouvert en 2019 se vide peu à peu. Les rayons sont clairsemés, l’activité ralentit, et les salariés s’inquiètent pour leur avenir. L’un d’eux confie devoir chercher un nouvel emploi, faute de postes disponibles dans d’autres magasins du groupe.
Pour les clients, le lien est évident : moins de transactions immobilières signifie moins d’achats de meubles. Un père de famille interrogé par Franceinfo résume la situation : la baisse des revenus et de la consommation pousse les ménages à conserver leurs meubles plus longtemps, réduisant mécaniquement la demande.
Démographie, modes de vie et concurrence en ligne : un cocktail explosif
Au-delà de l’immobilier, Ikea doit aussi composer avec des mutations sociétales profondes en Chine. La baisse de la natalité et du nombre de mariages modifie radicalement les besoins en ameublement. Une étudiante explique ne plus voir l’achat immobilier comme une étape incontournable de la vie, ce qui réduit l’attrait pour les équipements domestiques traditionnels.
Parallèlement, la concurrence du commerce en ligne s’intensifie. De nombreux consommateurs se tournent vers des plateformes proposant des produits similaires à des prix inférieurs. Certains articles vendus à l’unité chez Ikea peuvent être achetés en lots à prix équivalent sur internet, accentuant la pression concurrentielle.
Ikea contraint de repenser sa stratégie en Chine
Face à ces défis, Ikea adapte son modèle. Le groupe mise désormais sur des magasins de proximité en centre-ville, mieux adaptés aux nouveaux usages. Parmi les fermetures annoncées figure notamment le magasin de Baoshan à Shanghai, autrefois le plus grand Ikea d’Asie, devenu non rentable.
Cette réorientation illustre la difficulté pour l’enseigne de maintenir son modèle historique dans un pays où démographie, numérique et économie redessinent en profondeur le marché de l’ameublement.
Une success story bousculée, mais pas terminée
Si Ikea reste extrêmement solide en Europe, la situation chinoise rappelle que même les géants mondiaux ne sont pas à l’abri des crises structurelles. Entre adaptation digitale, évolution des modes de vie et ralentissement économique, le groupe suédois entame une phase de transformation cruciale pour préserver son leadership à long terme.
