Sans autoroute, sans train et sans aéroport : ce département français vit isolé depuis plus de 50 ans
À l’heure où la France accélère sur la mobilité, la transition écologique et le désenclavement des territoires, un département fait figure d’exception presque oubliée. Niché entre le Rhône et les reliefs du Massif central, Ardèche demeure, en 2025, le seul département français à ne disposer ni d’autoroute, ni de gare SNCF accueillant des voyageurs, ni d’aéroport sur son territoire.
Une situation unique en France, qui dure depuis plus d’un demi-siècle et continue de peser lourdement sur le quotidien de ses habitants.
Un isolement géographique devenu structurel
Pour les près de 328 000 habitants de l’Ardèche, se déplacer relève souvent du parcours du combattant. Rejoindre une gare peut nécessiter jusqu’à 80 kilomètres de route. Prendre l’avion implique fréquemment de traverser deux départements voisins. Quant à l’autoroute, elle n’est jamais directement accessible depuis le territoire ardéchois.
Ce paradoxe est d’autant plus frappant que le département longe l’autoroute A7, l’un des axes nord-sud les plus fréquentés d’Europe. Mais aucun échangeur ne dessert directement l’Ardèche. Pour y accéder, il faut franchir le Rhône et rejoindre Montélimar, Valence ou Bollène.
Un réseau routier sous pression permanente
Privée d’autoroute, l’Ardèche repose presque exclusivement sur son réseau routier départemental. La D86, qui longe le Rhône, concentre une grande partie du trafic. Les axes menant vers Aubenas ou Privas sont régulièrement saturés, en particulier durant la période estivale.
Chaque été, l’afflux touristique transforme certaines routes en véritables goulots d’étranglement. Les embouteillages se multiplient, rallongeant considérablement les temps de trajet et accentuant le sentiment d’enclavement ressenti par les habitants.
Plus aucun train de voyageurs depuis 1973
L’isolement ferroviaire est sans doute le symbole le plus marquant de cette situation. Depuis 1973, aucun train de voyageurs ne dessert l’Ardèche. Une singularité absolue en France.
Ironie de l’histoire, des trains de fret traversent quotidiennement le département, notamment sur la rive droite du Rhône, l’une des lignes les plus fréquentées du pays pour le transport de marchandises. Les rails sont là, mais les voyageurs n’y ont plus accès depuis plus de cinquante ans.
Une promesse de retour du rail… timide
Face à cette situation, élus locaux et habitants réclament depuis des décennies un rééquilibrage des infrastructures. Après de nombreuses annonces restées sans suite, un premier espoir se dessine avec la possible réouverture partielle de la gare du Teil, envisagée pour 2026 ou 2027.
Si ce projet venait à aboutir, il marquerait un tournant symbolique pour le département. Mais pour beaucoup, il reste insuffisant au regard du retard accumulé et des enjeux actuels de mobilité durable.
Une question d’équité territoriale
Au-delà des difficultés de transport, la situation de l’Ardèche pose une question plus large d’égalité entre les territoires. Accès à l’emploi, attractivité économique, services publics, transition écologique : l’absence d’infrastructures majeures pénalise durablement le développement du département.
Dans une France qui se veut connectée et équilibrée, l’Ardèche rappelle qu’il existe encore des zones durablement mises à l’écart. Plus de cinquante ans après la disparition de son dernier train de voyageurs, le département attend toujours que la promesse de désenclavement devienne enfin réalité.
