Courses : ce réflexe avec votre carte bancaire pourrait vous faire dépenser beaucoup plus que prévu
Rapide, pratique et devenu presque automatique, le paiement par carte bancaire peut pourtant modifier notre façon de consommer. Plusieurs travaux en économie comportementale suggèrent qu’en payant sans espèces, nous avons tendance à surveiller un peu moins nos dépenses… et à ajouter plus facilement des achats dont nous n’avions pas vraiment besoin.
Au supermarché, le scénario est désormais presque toujours le même. On remplit son panier, on passe en caisse et, au moment de régler, on approche sa carte bancaire ou son téléphone du terminal. Quelques secondes plus tard, le paiement est terminé.
Ce geste paraît totalement anodin. Pourtant, notre façon de payer pourrait avoir une influence sur la somme que nous dépensons.
Des travaux menés en économie comportementale se sont intéressés à ce phénomène depuis plusieurs années. Leur constat est étonnant : payer par carte, avec un smartphone ou par d’autres moyens dématérialisés peut favoriser une dépense légèrement plus importante que lorsque l’on utilise de l’argent liquide.
Une différence parfois minime sur un seul passage en caisse, mais qui peut finir par représenter une somme importante lorsque le phénomène se répète semaine après semaine.
Pourquoi payer par carte peut faire augmenter le montant des courses
Lorsque vous entrez dans un supermarché avec 60 euros en espèces et que vous avez décidé de ne pas dépasser cette somme, votre budget est extrêmement concret.
Vous voyez les billets dans votre portefeuille et vous savez immédiatement combien il vous restera après les courses.
Avec une carte bancaire, la situation est différente.
Même lorsqu’un budget a été fixé mentalement, la limite paraît moins visible. Ajouter un paquet de biscuits à 3 euros, une bouteille un peu plus chère ou un dessert supplémentaire semble relativement indolore.
Pris séparément, ces achats paraissent insignifiants.
Mais additionnés sur plusieurs semaines, ils peuvent finir par peser lourd dans le budget alimentaire.
C’est notamment pour cette raison que certains spécialistes parlent d’« effet sans espèces » : lorsque l’argent devient virtuel, notre perception de la dépense peut devenir moins immédiate.
Les achats plaisir seraient particulièrement concernés
Tous les produits ne seraient cependant pas touchés de la même manière.
Quand nous faisons les courses, certains achats sont difficiles à éviter : lait, pâtes, légumes, produits d’entretien ou encore alimentation de base.
Mais d’autres articles sont beaucoup plus impulsifs.
Il peut s’agir d’une tablette de chocolat repérée au dernier moment, d’un dessert supplémentaire, d’une boisson plus chère ou d’un produit promotionnel que nous n’avions absolument pas prévu d’acheter.
Et c’est précisément sur ce type d’achat que le moyen de paiement pourrait avoir le plus d’influence.
Lorsque le paiement est rapide et presque invisible, quelques euros supplémentaires semblent parfois sans conséquence.
À l’inverse, lorsque l’on doit physiquement sortir plusieurs billets supplémentaires de son portefeuille, la dépense devient immédiatement plus concrète.
Le cerveau ne ressent pas la dépense de la même façon
Les spécialistes de l’économie comportementale utilisent parfois une expression étonnante pour décrire ce mécanisme : la « douleur de payer ».
Évidemment, il ne s’agit pas d’une véritable douleur physique.
Le principe est beaucoup plus simple.
Lorsque vous payez 50 euros en liquide, vous voyez précisément l’argent disparaître de votre portefeuille. Ce moment agit comme un rappel immédiat de la valeur de la somme dépensée.
Avec la carte bancaire, ce signal est beaucoup moins fort.
Un code, un paiement sans contact ou un simple clic sur un téléphone suffit.
L’opération devient alors extrêmement rapide et abstraite.
Résultat : le cerveau peut avoir davantage de difficultés à associer immédiatement l’achat à la perte réelle d’argent.
Le phénomène peut être encore plus marqué avec certaines technologies de paiement très fluides, comme les smartphones ou les montres connectées.
Le paiement sans contact rend l’achat presque invisible
Ces dernières années, le paiement sans contact s’est largement généralisé.
Pour les petites dépenses, quelques secondes suffisent désormais pour régler un achat.
C’est extrêmement pratique, mais cette simplicité peut également supprimer une partie des petites barrières psychologiques qui nous poussaient autrefois à réfléchir avant de sortir notre portefeuille.
Un café à 2 euros, une pâtisserie à 3 euros ou un petit achat supplémentaire à 5 euros ne paraissent pas très importants.
Mais répétés plusieurs fois par semaine, ces petits montants peuvent représenter plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’euros sur une année.
Le véritable problème ne serait donc pas nécessairement la carte bancaire elle-même, mais l’absence de perception immédiate de l’accumulation des dépenses.
Faut-il revenir au paiement en espèces ?
Pas nécessairement.
La carte bancaire reste évidemment un moyen de paiement pratique, rapide et sécurisé.
Il serait donc excessif de conseiller à tout le monde de l’abandonner.
En revanche, les personnes qui ont tendance à dépasser leur budget lorsqu’elles font leurs courses peuvent tester une méthode très simple : utiliser davantage d’espèces pour certaines catégories de dépenses.
Par exemple, il est possible de fixer un budget alimentaire hebdomadaire et de retirer cette somme en début de semaine.
Une fois l’enveloppe vide, les dépenses s’arrêtent.
Cette méthode permet de rendre le budget beaucoup plus visible.
Elle peut notamment être utile pour les dépenses où les achats impulsifs sont fréquents : supermarché, restaurants, sorties ou petits plaisirs du quotidien.
Une astuce simple avant de passer en caisse
Si vous préférez continuer à payer par carte, une autre technique peut être tout aussi efficace.
Avant de passer en caisse, prenez quelques secondes pour regarder votre panier et posez-vous cette question :
« Si je devais payer cet article avec des billets, est-ce que je l’achèterais quand même ? »
Cette interrogation très simple oblige à remettre une valeur concrète sur chaque produit.
Certains articles resteront évidemment dans le panier.
D’autres, en revanche, apparaîtront soudain beaucoup moins indispensables.
Une autre méthode consiste à consulter systématiquement le montant affiché avant de valider le paiement, au lieu d’approcher automatiquement sa carte du terminal.
Ce petit réflexe suffit parfois à reprendre conscience de la somme réellement dépensée.
Les applications bancaires peuvent aussi devenir des alliées
Les outils numériques ne sont pas forcément responsables de toutes les dépenses excessives.
Bien utilisés, ils peuvent même faire exactement l’inverse.
De nombreuses applications bancaires permettent aujourd’hui de recevoir une notification immédiatement après chaque achat ou de classer automatiquement les dépenses par catégorie.
Alimentation, restaurants, loisirs, abonnements…
Voir apparaître ces montants au fil de la journée permet de recréer une partie de cette visibilité que l’on perd avec le paiement dématérialisé.
Certaines personnes préfèrent également se fixer un plafond hebdomadaire ou consulter leur compte tous les soirs afin de suivre précisément leurs dépenses.
L’objectif n’est pas de surveiller chaque centime avec obsession, mais simplement de rendre l’argent plus concret.
Quelques euros à chaque passage peuvent devenir une grosse somme
Imaginons qu’une personne dépense seulement 5 euros de plus que prévu à chaque passage au supermarché.
Si elle fait ses courses deux fois par semaine, cela représente déjà environ 40 euros supplémentaires par mois.
Sur douze mois, la facture approche alors 500 euros.
C’est précisément ce qui rend les petits achats impulsifs difficiles à repérer : individuellement, ils semblent sans importance.
Mais leur répétition finit par peser sur le budget.
La prochaine fois que vous passerez en caisse, il peut donc être intéressant de ne pas sortir immédiatement votre carte bancaire.
Regardez une dernière fois votre panier, vérifiez le montant et demandez-vous si chaque achat était réellement prévu.
Quelques secondes de réflexion peuvent parfois éviter plusieurs euros de dépenses inutiles… et beaucoup plus sur une année entière.
