« La fête est finie » : ce que Bruno Retailleau veut changer pour remettre les Français au travail
Le travail ne garantit plus automatiquement un niveau de vie décent. Pour des millions de Français, exercer une activité à temps plein ne suffit plus à sortir de la précarité, tandis que l’écart entre le salaire brut et le revenu réellement perçu nourrit un sentiment croissant d’injustice. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, ce constat devient un terrain politique central.
Dans ce contexte, Bruno Retailleau a récemment dévoilé les grandes lignes d’un projet économique radical, porté par une idée forte : redonner toute sa valeur au travail. Un discours assumé, résumé par une formule choc : « La fête est finie ».
Un malaise ancien, jamais vraiment résolu
Le sentiment de déclassement des actifs n’est pas nouveau. Déjà lors du Grand débat national de 2019, de nombreux citoyens alertaient sur l’impossibilité de « vivre de son travail ». Six ans plus tard, la situation n’a guère évolué : inflation persistante, salaires sous tension, aides sociales devenues indispensables pour compléter des revenus pourtant issus de l’emploi.
Pour Bruno Retailleau, cette situation trouve son origine dans un modèle qu’il juge à bout de souffle. Il dénonce un système « social étatiste » qui, selon lui, a progressivement affaibli l’incitation à travailler tout en laissant dériver la dépense publique et la dette.
Une rupture assumée avec le modèle actuel
Désormais figure de proue des Les Républicains, Bruno Retailleau plaide pour un changement de cap profond. L’objectif affiché est clair : réinstaurer une différence nette entre activité et inactivité, afin de relancer la production, l’effort et la croissance.
Au cœur de cette stratégie, plusieurs mesures structurantes viennent bousculer les équilibres existants.
Vers une nouvelle organisation des 35 heures
Première mesure emblématique : une annualisation du temps de travail. Le seuil serait fixé à 1 623 heures par an, soit l’équivalent de deux jours travaillés supplémentaires.
Les heures effectuées au-delà ouvriraient droit à des exonérations d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales pour les salariés (hors CSG et CRDS). Côté employeurs, les cotisations patronales sur ces heures seraient supprimées, avec l’ambition de réduire le coût du travail et d’encourager l’engagement professionnel.
Assurance chômage et aides sociales dans le viseur
Le projet s’attaque également au fonctionnement du marché de l’emploi. Les règles de France Travail seraient durcies, avec des sanctions plus rapides après trois refus d’offres jugées raisonnables. Les ruptures conventionnelles seraient davantage encadrées, et les conditions d’indemnisation de certains statuts, notamment les travailleurs frontaliers, revues.
Pour les seniors, l’accent serait mis sur le volontariat, avec un cumul emploi-retraite rendu plus attractif, notamment via une exonération de cotisations.
Un revenu d’incitation à l’activité pour remplacer plusieurs aides
Mesure la plus sensible : la création d’un revenu d’incitation à l’activité, appelé à remplacer le RSA, la prime d’activité et l’allocation de solidarité spécifique. Son montant resterait proche du RSA actuel, mais serait conditionné à quinze heures d’activité hebdomadaire.
En cas de reprise d’un emploi, un cumul partiel entre salaire et allocation resterait possible afin d’éviter les effets de seuil. En parallèle, un compte social unique recenserait l’ensemble des aides perçues par un foyer, avec un plafond fixé à 70 % du SMIC, pour garantir que le travail reste toujours plus rémunérateur que l’assistance.
Dix milliards d’euros d’économies annoncées
Selon Bruno Retailleau, cet ensemble de réformes permettrait de générer près de dix milliards d’euros d’économies, tout en réhabilitant la valeur travail et en redonnant du souffle au pouvoir d’achat des actifs.
Reste une question centrale : ces mesures, qui marquent une rupture nette avec le modèle social actuel, parviendront-elles à convaincre une société française profondément attachée à ses protections sociales, mais de plus en plus inquiète pour son avenir économique ?
À deux ans de la présidentielle, le débat ne fait que commencer.
