Il vit seul dans un village désert depuis 17 ans : avec 1 500 euros par mois et aucun loyer, Fernand ne regrette rien
Depuis 17 ans, Fernand vit pratiquement seul au milieu d’un village espagnol déserté par ses habitants. Sans loyer à payer et avec des dépenses limitées, il affirme avoir trouvé un équilibre qu’il n’échangerait pas contre la vie en ville.
Imaginez ouvrir vos volets le matin sans entendre une seule voiture passer, sans voisins dans l’appartement d’à côté et sans avoir à subir les embouteillages pour commencer votre journée. Pour beaucoup, cette solitude pourrait sembler pesante. Pour Fernand, elle est devenue un véritable luxe.
Cela fait maintenant près de 17 ans qu’il vit à Benamira, un minuscule village de la province de Soria, en Castille-et-León, en Espagne. Autrefois peuplé de plusieurs centaines d’habitants, le village s’est progressivement vidé au fil des décennies.
Aujourd’hui, Fernand en est devenu le résident permanent le plus fidèle.
Un village autrefois animé qui s’est peu à peu vidé
Comme de nombreuses zones rurales espagnoles, Benamira a subi de plein fouet l’exode vers les grandes villes.
Les jeunes sont partis travailler ailleurs, certaines familles se sont installées dans des régions plus dynamiques et de nombreuses maisons ont fini par devenir des résidences secondaires.
Le village possède pourtant encore plusieurs dizaines d’habitations. Mais pendant une grande partie de l’année, les rues restent presque désertes.
Fernand, lui, a fait exactement le choix inverse.
Plutôt que de partir chercher l’agitation des grandes villes, il est resté dans la maison familiale et s’est construit un quotidien adapté à cette tranquillité.
Un mode de vie qui présente, selon lui, un avantage particulièrement appréciable : ses dépenses sont très faibles.
Avec 1 500 euros de salaire, il ne paie aucun loyer
Interrogé par le journaliste espagnol Diego Revuelta, Fernand a détaillé une partie de son budget mensuel.
Il explique percevoir environ 1 500 euros par mois et pouvoir épargner une partie importante de son salaire grâce à l’absence de loyer.
La maison dans laquelle il vit appartient en effet à sa famille.
Dans un contexte où le logement représente souvent l’une des dépenses les plus lourdes d’un foyer, cet avantage change considérablement son budget.
Sa facture d’électricité tournerait autour de 40 euros par mois.
À cela s’ajoutent cependant certaines dépenses directement liées à son isolement.
Et l’une d’elles pèse beaucoup plus lourd.
Son principal poste de dépense : la voiture
Vivre loin des grandes agglomérations possède un revers évident : il faut souvent prendre la voiture pour absolument tout.
Faire les courses, accéder à certains services ou simplement rejoindre une ville nécessite de parcourir plusieurs kilomètres.
Fernand estime ainsi dépenser environ 300 euros par mois en carburant.
Une somme importante, mais qu’il accepte comme le prix à payer pour conserver son mode de vie.
Il ajoute également une cinquantaine d’euros consacrés au téléphone et à Internet.
Dans un village aussi isolé, rester connecté demande en effet quelques adaptations.
Malgré ces contraintes, il affirme parvenir à économiser et considère toujours sa situation financière comme plus confortable que s’il devait payer un loyer en ville.
Il travaille à seulement 15 minutes de chez lui
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Fernand n’est pas complètement coupé du monde professionnel.
Du lundi au vendredi, il travaille dans l’entretien des routes.
Son lieu de travail se trouve à environ quinze minutes de son domicile, ce qui lui évite de longs trajets quotidiens.
Une fois sa journée terminée, il retrouve le calme de Benamira.
Mais vivre seul dans un village ne signifie pas nécessairement passer ses soirées devant la télévision.
Fernand a même développé de nombreuses occupations.
Potager, jogging, taekwondo… il ne manque pas d’activités
Son quotidien est rythmé par plusieurs passions.
Il fait notamment du jogging, entretient son potager et pratique le taekwondo.
Mais son activité la plus étonnante reste probablement l’écriture.
Fernand imagine des monologues humoristiques inspirés de la vie rurale.
Une passion qu’il évoque d’ailleurs avec beaucoup d’autodérision.
Il plaisante sur le fait qu’il est devenu monologuiste presque par nécessité puisqu’il n’a pas toujours quelqu’un avec qui discuter sur place.
Une manière amusante de parler d’une solitude qu’il assure vivre parfaitement bien.
« Être seul » ne signifie pas forcément souffrir de solitude
Pour Fernand, le silence du village n’a rien d’angoissant.
Au contraire.
Il estime que le monde rural lui apporte une forme de tranquillité psychologique qu’il aurait beaucoup plus de mal à retrouver dans une grande ville.
Pas de bruit permanent, moins de stress, davantage d’espace et une proximité quotidienne avec la nature.
Son témoignage rappelle également une distinction importante : on peut vivre seul sans forcément se sentir isolé.
Fernand travaille, pratique des activités et retrouve régulièrement d’autres habitants lorsque ceux-ci reviennent au village.
L’été, le village reprend soudainement vie
Benamira n’est d’ailleurs pas complètement abandonné.
Les maisons appartiennent toujours à différentes familles qui reviennent notamment lorsque les températures deviennent plus agréables.
Pendant les vacances et les beaux jours, les volets se rouvrent, les voitures réapparaissent et le village retrouve temporairement une partie de son animation d’autrefois.
Fernand est alors loin d’être seul.
À force d’y vivre toute l’année, il est même devenu une sorte de gardien informel du village.
Sa présence permanente rassure notamment les propriétaires qui ne viennent que ponctuellement.
Un choix de vie radical… mais assumé
La vie de Fernand ne conviendrait évidemment pas à tout le monde.
Il faut accepter de dépendre de sa voiture, de vivre loin des commerces et de ne pas pouvoir compter sur des voisins à quelques mètres en cas de besoin.
Mais ces inconvénients semblent faibles à ses yeux face à ce qu’il gagne en échange : du calme, de l’espace, un coût du logement presque inexistant et la possibilité de mettre davantage d’argent de côté.
À une époque où les loyers, l’énergie et les dépenses du quotidien pèsent lourdement sur les budgets, son histoire montre qu’un mode de vie très différent peut parfois offrir une certaine liberté financière.
Fernand, lui, ne semble en tout cas pas prêt à quitter Benamira.
Après 17 années passées dans ce village presque désert, il a trouvé quelque chose que beaucoup recherchent encore : un endroit où il se sent véritablement chez lui.
